jeudi, janvier 05, 2006

Histoires de Bla Bla!


Cette semaine je vais vous traduire rien que pour vous mes chers lecteurs, quelques extraits du livre de George Lakoff, intitule « Don’t think of an elephant! » ou autrement dit « Ne pensez pas à un éléphant! ».

Monsieur Lakoff est un linguiste qui enseigne la Science cognitive à l’université de Berkeley.

Bref je trouve son analyse vraiment intéressante et essentielle pour comprendre le système idéologique et politique américain, et bien sur pour comprendre la mentalité américaine tout court.

Je ne pense pas que le livre soit encore traduit en français, c’est donc un scoop !!!

Voici le premier extrait où il explique le rapport entre le langage et notre mode d’existence (oui rien que ça !). Et également quels tours de passe-passe linguistiques sont employés par les politiques pour nous convertir…Du moins aux Etats-Unis, c’est maintenant monnaie courante, mais je pense qu’en France, on n’en ai qu’aux balbutiements…(quoique j’ai bien entendu l’expression « allégement fiscal !!! »)…

« La première chose je donne à mes étudiants est un exercice.

L'exercice est: Ne pensez pas à un éléphant! Quoi que vous fassiez, ne pensez pas à un éléphant. Je n'ai jamais trouvé un étudiant qui ai pu reussir.

Chaque mot, comme l'éléphant, évoque un cadre, qui peut être une image ou autre chose: les éléphants sont grands, ont les oreilles souples et une trompe, sont associés aux cirques, et ainsi de suite. Le mot est relativement défini par rapport à ce cadre. Quand nous nions un cadre, nous évoquons en même temps celui-ci.

Richard Nixon en a fait les frais. Tandis qu’au bord de la démission pendant le scandale du Watergate, Nixon s’adressait à la nation a la télévision. Devant le peuple celui-ci a dit: "je ne suis pas un escroc." Et tout le monde a automatiquement pensé à lui comme escroc.

Ceci nous donne un principe de base de l'encadrement, parce que quand vous discutez contre vos adversaires, n'employez pas leur langue.

Leur langue sélectionne un cadre -- et ce ne correspondra pas au cadre que vous voulez.

Laissez-moi vous donner un exemple. Le jour ou George W. Bush est arrivé dans la Maison Blanche, l'expression « soulagement fiscal » (tax relief) a commencé à sortir de la Maison Blanche. Et cela continue : elle a été employée un certain nombre de fois cette année durant un discours au Congrès, et de plus en plus dans des discours préélectoraux quatre ans après. Pensez à la signification du cadre qu’évoque le mot soulagement. Pour qu'il y ait un soulagement il doit y avoir une affliction, une partie affligée, et un « soulageur » qui enlève l'affliction et par conséquent est donc un héros. Et si les gens essayaient d'arrêter le héros, ces gens seraient des bandits car ils empêcheraient ce soulagement.

Quand le mot fiscal est ajouté au mot soulagement, le résultat est une métaphore: l’imposition est une affliction. Et la personne qui l'enlève est un héros, et la personne qui essaye de l'arrêter est un mauvais type. C'est un cadre. Il se compose d’idées, comme celle de l'affliction et du héros.

La langue qui évoque le cadre sort de la Maison Blanche, et entre dans les communiqués de presse, passe par chaque station de radio, chaque chaîne de TV, chaque journal.

Et ensuite le New York Times utilise aussi l’expression « soulagement fiscal ». Et également sur la FOX; mais aussi sur CNN, sur NBC, et sur chaque chaîne parce que c'est "le plan du soulagement fiscal du président."

Et pour finir les démocrates ont aussi utilisés l’expression --, à leur dépends. C’est incroyable.

Ensuite les démocrates ont eu leur version du plan fiscal, et c'était leur version du « soulagement fiscal ». Ils acceptaient le cadre conservateur.

Les conservateurs avaient placé un piège: les mots vous dessinent leur vision du monde. Et c’est bien ce qu'encadrer veut dire. Le principe est celui d'obtenir un langage qui va s’adapter à votre vision du monde. Ce n'est pas simplement une question de langage. Les idées viennent en premier -- et le langage porte ces idées, et évoque celles-ci.

Il y avait un autre bon exemple dans un discours au Congres, en janvier. Celui-ci était une métaphore remarquable. Bush a dit, "nous n’avons pas besoin d’une autorisation écrite pour défendre l'Amérique." Pourquoi a-t-il parlé d’autorisation écrite ? Il aurait pu avoir juste dit, "nous ne demanderons pas de permission." Mais parler d'une autorisation écrite est différent. Pensez à la dernière fois que vous avez eu à demander une autorisation écrite. Pensez, qui, habituellement doit demander une autorisation écrite. Pensez à qui est demandé cette autorisation. Pensez au rapport entre eux. Tels sont les genres de questions que vous devez vous poser si vous voulez comprendre le discours politique contemporain.»

Intéressant, non ? ;)

For english speaking readers here's the full excerpt!

1 commentaire:

brigetoun a dit…

même chose en France sauf qu'il s'agit d'"allègement" fiscal mais le principe et les résultats sont les mêmes y compris dans la reprise plus ou moins volontaire et consciente du principe par les socialistes